Le riz
bio...
De
plus en plus, les variétés de
riz cultivées en agriculture biologique
lui sont très spécifiques. "Le
plus gros problème dans la culture du
riz, ce sont les mauvaises herbes"
explique Guy Clément, ingénieur
agronome au Cirad (Centre de coopération
internationale en recherche agronomique pour
le développement), sélectionneur
et spécialiste du riz. "Mais
comme le riz pousse dans l'eau, on peut difficilement
sarcler ou brûler autour des plants...
En bio, on a donc tendance à choisir
des variétés qui font beaucoup
de végétation, pour étouffer
les adventices (NDLR : "mauvaises"
herbes). Il
y a par exemple le riz Hélène,
qui était trop vigoureux en conventionnel,
il valorisait mal la fumure qu'on lui apportait.
Mais pour le bio, cette varié
té
exprime parfaitement son potentiel...".
Son
collègue, Nourollah Ahmadi, qui est aussi
l'un des auteurs du très bel ouvrage
"Grain de riz, grain de vie" explique
que "la sélection des variétés
se fait depuis la nuit des temps. Aujourd'hui,
comme on connaît bien les propriétés
des plantes, on peut donc proposer des variétés
spécifiques adaptées à
chaque situation. Chacune a besoin de certaines
conditions de culture, si elle est trop malmenée,
elle est fragilisée. Plus on lui demande
de produire, plus on fait pression autour d'elle,
et plus on augmente les risques de voir apparaître
de nouveaux parasites" ...
Une variété de riz cultivée
en conventionnel donnera environ deux fois plus
qu'en agriculture biologique, c'est dire si
on essaye de faire rendre à la plante
tout ce qu'elle a, sans rien lui laisser ! "
C'est vrai que dans le bio, on crée
les conditions où la plante a le plus
de chances de rester en bonne santé...
"reconnaît Guy Clément.
"Mais certains contextes sociaux ou
économiques obligent parfois à
favoriser le rendement, au détriment
du reste" renchérit Nour Ahmadi,
"L'important, c'est d'abord que les
gens ne meurent pas de faim !" .
Quel
riz choisir ?
Pourtant,
la culture biologique n'exclue pas le rendement.
Claude Aubert explique qu'"augmenter
la productivité, c'est possible avec
des moyens simples et gratuits tels que le compostage
et les cultures associées" et
il cite deux exemples, "au Burkina Faso,
Pierre Rabhi a apporté la preuve qu'on
ouvait doubler les rendements en mil avec un
apport de compost de seulement une tonne à
l'hectare" tandis qu'"en Inde,
un chercheur a montré qu'en asociant
judicieusement maïs et légumineuses,
on augmentait le rendement de 50% sans rien
changer d'autre aux techniques agricoles"(in
Les quatre saisons du jardinage n°133 mars-avril
2002 page 69).
En bio, les variétés choisies
ont souvent "un moindre rendement"
explique Patrick Colin, de Biocoop, "donc
elles ont plus de goût et de meilleures
valeurs nutritives".
Parmi les critères de choix, il y a aussi
la qualité de l'eau. "Il y a
des consommateurs qui préfèrent
le riz pluvial à cause de ça,
mais malheureusement, le riz pluvial bio, était
issu de la région de Calasparra, en Espagne,
mais on n'en trouve plus aujourd'hui. Certains
se rabattent sur le riz espagnol Huesca, puisqu'il
est irrigué par de l'eau de montagne.
Cependant, il est be
aucoup
plus cher ! Pour les autres riz, que ce soit
celui de Camargue, de Thaïlande ou du Pakistan,
l'eau est contrôlée. Mais c'est
vrai qu'elle provient quand même de rivières..."
Sur
un tout autre plan, celui de l'éthique,
si Biocoop fait le choix de proposer du riz
de Camargue dans ses rayons, c'est "parce
qu'en diffusant leurs riz, on soutient les gens
qui y travaillent, et on aide à sauver
le paysage camarguais" explique Patrick
Colin, directeur du pôle Produits. La
Camargue est en effet une zone humide majeure
du patrimoine mondial, où s'interpénètrent
de nombreux écosystèmes fragiles.
Cette richesse biologique exceptionnelle est
produite par des apports d'eau (celel du Rhône)
et de sel (celui de la Méditerranée)
sur une terre "amphibie", peuplée
de nombreuses espèces."Cela nous
semble capital ! Cependant, il y a parfois sur
ces provenances des problèmes de rupture
d'approvisionnement, à cause de mauvaises
années.. Alors on a aussi du riz italien",
dont la production est plus importante et plus
régulière. "Le riz étant
un produit de base par excellence, on ne peut
pas se permettre d'avoir des ruptures de stock
!"